• Marie Bartoleschi

De l'ombre à la lumière

Dernière mise à jour : 28 sept. 2020



J’ai rencontré Christophe Morin, chargé de mission handicap chez Orange, au moment où j’étais moi-même en quête de sens par rapport à mon atypie. Je cherchais la clé manquante me permettant de comprendre mon mode de fonctionnement. J’ai assisté un peu par hasard à une conférence qu’il donnait sur l’autisme. Nos parcours ont résonné en miroir...

#cameleon #asperger #autisme #douance #Hautpotentiel

Parle-moi un peu de ton parcours ?


Mon parcours est un parcours atypique ! Depuis plus de 15 ans, je manifestais la volonté de travailler dans le handicap sans savoir vraiment trop pourquoi. Je suis aujourd’hui responsable de mission handicap d’un grand groupe du CAC40. Mais toujours ces difficultés... une hiérarchie qui loue un travail d’une précision chirurgicale, juste, précis et jamais en retard, mais des comportements semant souvent le chaos : peu d’écoute, des colères envers les imprécisions, les incohérences. Une difficulté de contact avec l’autre. Trop souvent pris pour un donneur de leçon alors que la volonté est juste de réparer les erreurs et les imprécisions. On me dira aussi que je souris peu, que je regarde mes chaussures en marchant, toujours dans mes pensées... L’entreprise a un souci avec de tels comportements... Difficile de réponde à l’entreprise, qui me demande de corriger ces écarts à la norme comportementale, qui sont pris pour des frasques, des troubles, alors qu’ils sont en fait simplement une atypie.


Au détour d’une énième conférence sur un des thèmes du handicap, je fus invité à une conférence sur l’autisme comme professionnel du handicap... Un autiste Asperger, sur la scène, décrivait à ma stupéfaction tout ce que je ressentais depuis ma naissance, toutes les incompréhensions de mon environnement. Ce fut un choc ! Étais-je donc tout juste autiste Asperger ?

Quatre mois plus tard le bilan tombait : autisme Asperger avec du Haut Potentiel, qui a pour effet de masquer l’autisme au maximum.

Avec la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé vint sa prise en compte par l’entreprise, très étonnée et un peu confuse de ses demandes d’amélioration du comportement... Mon poste est aménagé : prise en compte du bruit, de la lumière, et surtout, vigilance personnelle aux surcharges de la sphère sensorielle.

Un an plus tard, un an de coaching émotionnel et relationnel, c’est enfin l’apaisement... À plus de 50 ans, connaître enfin la paix intérieure, la fin des anxiétés nées dans les multiples incompréhensions, est un infini soulagement... Une nouvelle vie démarre.


Avec Guy, le plus à l’écoute et le plus bienveillant des managers, pour avoir été creuser avec moi ce qu’il pouvait se passer pour que « quelqu’un d’aussi précis, rapide soit à ce point déficient au niveau relationnel », nous irons témoigner des bienfaits du diagnostic et de l’accompagnement. Aujourd’hui encore, on me contacte par rapport à ce témoignage vidéo « de l’ombre à la lumière ». Je commence à accompagner les personnes en souffrance vers leur diagnostic et leur apaisement.


Quel a été le fil rouge de ton cheminement qui a conduit à cette rencontre avec toi-même ?


Le fil rouge a été une quête intérieure, une quête de sens.

Pourquoi voulais-je à venir à ce point œuvrer dans un métier autour du handicap ? Pourquoi depuis toujours j’étais si intéressé par les mécanismes humains et leurs perturbations ? Je porte des valeurs fortes de respect de l’autre et d’égalité des droits depuis mon enfance. Je ne pouvais développer ces valeurs dans mes anciens jobs techniques. Il me fallait retrouver du sens dans mon métier et dans ma vie. Les morceaux du puzzle se sont tous assemblés avec le diagnostic ; toutes les étrangetés de ma vie ont pris sens. J’étais ainsi, si étrange dans ce monde bizarre, parce que j’étais autiste. Enfin tout était logique et simple.

Je ne portais pas un trouble psychique mais une particularité génétique dans le fonctionnement cognitif de mon cerveau ; une atypie.

Quels conseils donnes-tu à ton tour aux personnes qui te contactent afin de vivre plus en accord avec cette particularité ?  


Je conseille aux personnes concernées de suivre un chemin qui m’a beaucoup aidé : celui de l’apaisement de la sphère émotionnelle. Il existe des moyens de vivre plus sereinement, de mieux écouter ses besoins, d’agir de façon alignée et d’arrêter d’essayer de faire le neurotypique ! On y arrive mal de toute façon et c’est épuisant !! Chez moi, beaucoup de choses sont passées par un outil formidable : la méditation.

Offrir chaque jour à son mental surchargé une pause méditative, ou la priorité est de se connecter à son physique et à ses sensations corporelles, amène l’apaisement et le lâcher prise. Cela permet aussi de développer des connexions neuronales et devenir un peu moins déficient sur le champ de la gestion des sensations et des émotions ; champ assez perturbé par l’autisme. Un fois ces effets trouvés, ils s’installent dans la durée ; ce qui prouve qu’il y a réellement des aptitudes qui se sont développées dans le cerveau.


On parle d’intérêts spécifiques et obsessionnels dans le fonctionnement des personnes autistes. Quels sont tes passions ?


Ma plus grande passion est la musique. Quand les personnes possèdent beaucoup de disques ils parlent de quelques centaines... J’en ai 6500... quasiment que du jazz et du classique, il parait que c’est beaucoup. Je ne me rends pas compte, j’aimerai en avoir beaucoup plus ! Il est quasi impossible de m’offrir un disque qui vient de sortir sans que je ne l’ai déjà... À 8-10 ans, je démontais des haut-parleurs de grosses télévisions pour améliorer le son de mon électrophone ! À 16 ans je me suis fabriqué des grosses enceintes en kit : mes premiers salaires de job d’été mon payé mes premiers lecteurs CD et un ampli vraiment sérieux !

Aujourd’hui mon installation de HI-FI m’a coûté environ le prix d’une voiture neuve moyenne...J’ai fabriqué un auditorium de 50m2 dans ma maison, ou tout a été étudié pour le son... Une toute petite passion qui ne me prend que très peu de temps !!! Et qui a un lien direct... avec mon hypersensibilité : j’ai une oreille d’une très grande sensibilité. Le bruit m’épuise. Mais j’adore écouter dans le détail le jeu de caisse claire du batteur au milieu d’une masse orchestrale : mon oreille entend tout. Quand j’étais enfant, dans le vacarme de la maison, j’annonçais toujours « le téléphone sonne » ; personne ne l’avait entendu. Le meilleur endroit, où les sons ne sont qu’harmonie, est au milieu de la forêt, aucune nuisance sonore humaine… Juste le chant des oiseaux mêlés au vent dans les feuilles...


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