• Marie Bartoleschi

A bout de souffle

Dernière mise à jour : 28 sept. 2020


J’ai découvert l’univers de Sandra à l’occasion de mon burn out. J’ai vite été séduite par l’originalité de sa démarche et la cohérence de son parcours de reconversion.




Aujourd’hui tu es SensibilisActrice et Coach NeuroScientigeek selon tes propres termes. Peux-tu me parler des événements qui t'ont conduit à devenir indépendante ? Je crois que l'on parle non pas d'un, ni de deux mais d'une trilogie de burn out... 


En effet, je ne me suis pas arrêtée à un burn-out. J’ai eu besoin de rediffusions pour commencer à saisir les messages et remettre mon mode de fonctionnement en question. Ma tendance à collectionner les postes, en plus de surcharger mes missions initiales de nouveaux projets, était le point commun entre mes trois burn-out. Pour mon premier, j'avais trois postes et je faisais de la photographie de concert à côté ; pour le second, c’était un congé maternité non remplacé ; pour le dernier, c'était un véritable festival, j'ai fini avec quatre postes tout en perdant la part créative de mes activités. Ce qui rend la situation assez cocasse, c'est que je travaillais pendant toute cette période salariée dans la communication et la prévention santé, notamment sur le stress et le burn-out. Au début, le terme débarquait tout juste en France. J’avais deniché LE livre sur le sujet, du Dr Baumann. Pour mes autres burn-out, l’on ne peut pas dire que je ne connaissais pas les signes avant-coureurs, en tout cas d'un point de vue physiologie... C’est marrant de noter comme les bonnes rencontres se font au bon moment : à l’occasion de mon troisième burn out tout s'est mis en place avec une facilité déconcertante ! Il y a eu l'appel à contributions contre la Loi Travail en 2016 pour lequel j'ai créé ma première vidéo sur le burn-out avant de m'effondrer, puis un programme de reconversion pour trouver des idées d'activités qui débutait le jour de mon anniversaire (et le lendemain de mon burn-out) et enfin la formation de l'Académie Zérolimite où j'ai découvert le métier d'infopreneure. Un chemin tout tracé! 

Finalement, j'ai switché rapidement. Ce que je fais en tant qu'indépendante n'est finalement pas si différent de mon activité salariée : je crée des contenus de sensibilisAction au burn-out qui sont plus pensés pour le grand public que pour les professionnels de santé. Il m'aura fallu le combo du coaching et de l'infopreneuriat pour m'autoriser à penser en dehors de la case salariat et pour créer un projet à mon image et plus écologique pour moi et découvrir la nécessité d'enfin poser mes limites.


Qu’est-ce que tes burn-out t’ont appris ? Comment se reconstruit-on après des épisodes aussi violents pour le corps ? 


J'ai longtemps lu dans mes burn-out des limitations corporelles indépendantes de ma raison et de ma volonté. Je me suis longtemps sentie trahie par mon corps. Puis j’ai pris conscience après trois burn-out et une relecture par le coaching, que lui et moi nous avancions ensemble. Je n'ai longtemps été qu'un cerveau en surchauffe, déconnectée de son corps et de ses sensations pour aller toujours plus loin, plus vite. Avec le recul, je me suis rendu compte que le problème n'avait jamais été mon corps et ses limites mais mon absence totale de limites personnelles, mon surengagement permanent pour toujours faire, être utile, créer, contribuer, au détriment de ma santé. Si l’on grattait un peu, l’on tombait assez vite sur un profond manque d'estime et d'amour de moi. Je ne m'incarnais qu'à travers mes idées, mes créations, mes visuels... Je commence seulement à faire un tout corps-cœur-cerveau et c'est cette reconnexion que m'ont enseignée mes burn-out.


En ce qui concerne la reconstruction, elle est longue et passe par de la bienveillance envers soi. C'est comme si le corps reprenait le lead : inutile de forcer, les limites viennent d'en bas. J'ai l'habitude de dire à mes clients qu'après un burn-out, il faut expérimenter le mode chat : dormir, manger, dormir, manger, un peu jouer, mais surtout s'écouter. Forcer ne sert à rien, si ce n’est à rechuter. Je suis passée par le corps : yoga, pilates, lecture au ralenti et sur mon dernier burn-out par une formation pour préparer ma reconversion. Je reste très vigilante. Je suis très clairement plus sensible au stress, à la fatigue et écouter mon corps longtemps ignoré est devenu ma priorité.


Comment as-tu su mobiliser tes ressources face à tout cela ?

 

Comme le soulignent mes proches, je suis une personne très résiliente. J’ai pu le constater lors de mes deux premiers burn-out, le décès de mon papa ou les galères bancaires qui ont participé à mes burn-out. Avec le recul, je me rends compte que c'était à un niveau de contrôle très déconnecté et pas vraiment écologique. Sur ce dernier burn-out, cela a été très différent. Je me suis reconnectée à ce que j'aimais faire. L'Ikigai a croisé mon chemin avec une parfaite synchronicité au début de mon arrêt. Je me suis remise à illustrer, à apprendre, à transmettre. Je me suis reconnectée à tout ce qui avait alimenté mes missions les plus ressourçantes et motivantes mais qui avait fini par disparaitre de mon dernier poste salarié. J'ai aussi approfondi la réflexion par le coaching en libérant-délivrant mon enfant intérieur, qui avait vieilli beaucoup trop vite.

Au lieu de me laisser cramer par le surinvestissement et l'absence de limites, je suis allée chercher la petite flamme qui m'a toujours animée. Aujourd'hui, je l'entretiens et je la préserve au quotidien.

Qu'est ce qui t'anime aujourd'hui ? 


Ce qui m’anime : le je(u) en premier lieu, me reconnecter à moi et mes besoins, car quelle que soit notre quête elle commence par nous-même ; avoir de l'impact en montrant la voie de la quête de je(u) ; faire passer le message que nous n'avons pas à subir les quêtes et injonctions des autres et à nous épuiser pour cela. J’y prends beaucoup de plaisir car je peux le faire à ma façon ludique et pédagogeek, à mon image et à mon rythme. J’ai un impact beaucoup plus large que quand j'étais salariée. Je m'amuse en contribuant à mon niveau à la sensibilisAction au burn-out, tout en développant une branche plus créative de mon activité pour ne pas œuvrer que du côté obscur. Je prends aussi soin de mon Mini Geek aussi, mon fils de deux ans et demi maintenant. Nous avions un projet de bébé qui a été étouffé par les quatre postes cumulés qui m'ont rapidement achevé. La reconversion a aussi créé l'espace-temps pour devenir parents. J'ai hâte de voir ce que mon fils écrira dans la case "métier de la maman" à l'école !! En attendant on se partage des peluches, baguettes et autres sabres laser entre ses jeux et mes conférences !



Illustration de Sandra Boré

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